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Lundi 20 mars 2006

Vous connaissez sans doute Stephen King, le maître de l'horreur et de la terreur sous toutes ses formes. Préparez-vous à être surpris, car ce roman n'a absolument rien de commun avec le reste de l'oeuvre de l'auteur.

 

Il faut savoir que Stephen King considère ce roman comme le premier volet de sa grande oeuvre, son chef-d'oeuvre, LE roman qu'il rêve d'écrire depuis des années. Et qu'il a mit, d'ailleurs, des années à écrire : l'écriture de ce premier tome (qui constitue presque un tout à lui seul), d'à peine 250 pages, s'est étalée sur douze ans. C'est dire le soin apporté à cette oeuvre, qui est pour l'auteur l'aboutissement de sa carrière.

Ce premier volet est suivi de six (ou sept ?) tomes, dont seulement quatre traduits en français actuellement (et que je n'ai pas encore lus, je ne vous en parlerai donc pas).

 

La base de l'intrigue est particulièrement simple : le pistoléro, sorte de cow-boy solitaire, poursuit l'homme en noir, une figure énigmatique qui semble toujours s'effacer et se dérober sous nos yeux.

Ce n'est pas innocemment que j'ai employé le mot de cow-boy, car l'univers dans lequel évoluent les personnages rappelle par bien des aspects le far-west américain : de grandes étendues désertiques parsemées de loin en loin d'un village archaïque, des hommes rudes, les pistolets qui battent le long des cuisses du pistoléro... Cependant, de nombreux indices suggèrent que la réalité est sensiblement différente. Des références à des outils du vingtième siècle dont plus personne ne sait se servir, à l'électricité disparue, à des chansons modernes, à la statue de la liberté...

Il semble rapidement évident que l'action ne se situe pas dans le passé, mais dans un futur post-apocalyptique, dans un monde dépeuplé qui a régressé de quelques siècles dans les domaines scientifiques et techniques.

 

Cependant, tout ceci est dévoilé au fil de l'action, de l'intrigue, mais ne semble pas crucial au sein de la narration. En fait, le lecteur suit pas à pas le pistoléro, voit ce qu'il voit, vit ce qu'il vit. Mais les réponses aux questions soulevées par ce monde étonnant ne viennent pas rapidement, car le pistoléro lui-même ne s'interroge pas : c'est un homme solitaire et têtu, tendu depuis toujours (semble-t'il) vers un seul but : rattraper l'homme en noir.

Pourquoi ? c'est une question qu'il ne se pose pas.

Comment ? c'est tout ce qui importe, et c'est ce qu'il fait.

 

Car rattraper l'homme en noir est la première étape de sa quête : atteindre la tour sombre (La Tour Sombre, accessoirement, est aussi le titre du cycle complet). Mais qu'est cette mystérieuse tour sombre, pourquoi lui faut-il la trouver, comment sa quête a-t-elle commencé ? Autant de questions qui restent en suspens, et qui ne trouveront leurs réponses qu'au fil des pages... ou des tomes...

 

En lisant ce roman, on a presque l'impression d'un voyage initiatique, mystique, aux confins de la raison et de la logique, au bout du monde. Pas à pas, petit à petit, on découvre cet univers, notre propre univers, pervertit, on y pénètre en douceur, lentement.

Il ne faut pas être pressé en commençant ce livre. Comme le pistoléro poursuit l'homme en noir, abstinément, avec l'obscure sensation qu'il ne peut pas ne pas le rattraper, on entre dans ce monde, on pénètre dans cet univers qui finira par nous ouvrir ses portes et nous confier ses secrets.

 

Un très bon livre, peut-être d'un abord un petit peu aride à première vue, mais qui se révèle prenant et captivant... et qui donne envie de continuer l'aventure avec les tomes suivants !

par kiwani publié dans : mes lectures
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Jeudi 23 février 2006

Ceux qui connaissent Philip K. Dick savent que ses romans sont généralement pessimistes. Ils abordent des thèmes qui tourmentaient l'auteur : la guerre, la mort, le futur, les libertés individuelles. Ce sont, en réalité, des réflexions très actuelles, qui datent de vingt à cinquante ans mais sont toujours (parfois plus que jamais) d'actualité. Et bien sûr, K. Dick étant un auteur de science-fiction, l'action se situe dans un futur plus ou moins lointain, et ces thèmes centraux sont greffés de nombreux autres qui définissent la science-fiction : la conquête de l'univers, les mutations génétiques et l'apparition de pouvoirs "paranormaux", le voyage dans le temps, les extra-terrestres...

Le style de K. Dick est très particulier. La frontière entre mirage et réalité, fantasme et vie réelle est souvent floue, toujours changeante. Les évènements qui se produisent paraissent parfois totalement absurdes, incongrus, et l'explication est bien rarement rationnelle... Les référentiels sont souvent faussés, mais ce n'est qu'au dernier moment que l'on s'en rend compte - un exemple ? le narrateur est mort mais l'ignore, ou encore le narrateur ne connaît pas sa véritable nature ou son passé. Ces réflexions sont bien entendu générales sur l'oeuvre de l'auteur, et s'appliquent aussi bien à ses romans qu'aux nouvelles (que l'on se rapporte, par exemple, aux deux romans les plus connus de K. Dick : Ubik et Blade Runner).

Cependant, certaines oeuvres (romans ou nouvelles) ne flirtent pas avec la réalité, et sont plus simplement angoissant dans le traitement des thèmes souvent apocalyptiques chers à l'auteur. Ceux-ci sont souvent plus faciles à suivre, plus directement dérangeant puisqu'ils sont plus proches du monde tel que nous le voyons. Ce ne sont cependant pas mes préférés, j'avoue que j'ai un faible pour les sables mouvants que l'auteur parvient à créer en quelques pages, parfois quelques mots à peine...

 

Les nouvelles sont pour l'auteur l'occasion d'aborder les thèmes qui lui tiennent à coeur sous un format particulièrement propice à la réflexion. En effet, de par sa souplesse, la nouvelle autorise une grande liberté de traitement qui facilité, à mon sens, le débat de fond. Ainsi, uen nouvelle peut ne faire que quelques pages, et reposer essentiellement sur la chute ou sur une situation particulière, ce qui permet de soulever une question, ou de faire réfléchir le lecteur sur un point précis.

Mais la majorité des nouvelles sont plus longues (de vingt à soixante pages environ), et prennent le temps d'exposer une situation de départ et de développer une intrigue, qui se résout généralement de façon inatendue (mais "résoudre" est-il réellement le mot adéquat ?) Car bien souvent, ces nouvelles ne répondent pas à toutes les questions, et se contentent de les soulever. C'est ensuite au lecteur de poursuivre sa réflexion et peut-être d'imaginer, de créer, le futur qu'il souhaite.

Car, l'oeuvre de K. Dick est empreinte de pessimisme, ce n'est pas du fatalisme. Bien sûr, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes, et tout pourrait bientôt aller très mal, mais rien n'est écrit, rien n'est inéluctable, et tout reste à faire. Je crois qu'à travers ses écrits, K. Dick cherchait surtout à mettre en garde ses contemporains, à éveiller les consciences, et à faire en sorte que les futurs qu'il décrit ne se réalisent jamais...

 

A noter : à déconseiller aux bibliophiles, les nouvelles de Philip K. Dick sont publiées en collection Omnibus. L'intégrale des nouvelles est ainsi publié en deux volumes de 1000 à 1200 pages (sur du papier à cigarette, et avec une couverture souple), vendus chacun aux alentours de 25€... Prix imbattable !

par kiwani publié dans : mes lectures
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