Ceux qui connaissent Philip K. Dick savent que ses romans sont généralement pessimistes. Ils abordent des thèmes qui tourmentaient l'auteur : la guerre, la mort, le futur, les libertés individuelles. Ce sont, en réalité, des réflexions très actuelles, qui datent de vingt à cinquante ans mais sont toujours (parfois plus que jamais) d'actualité. Et bien sûr, K. Dick étant un auteur de science-fiction, l'action se situe dans un futur plus ou moins lointain, et ces thèmes centraux sont greffés de nombreux autres qui définissent la science-fiction : la conquête de l'univers, les mutations génétiques et l'apparition de pouvoirs "paranormaux", le voyage dans le temps, les extra-terrestres...
Le style de K. Dick est très particulier. La frontière entre mirage et réalité, fantasme et vie réelle est souvent floue, toujours changeante. Les évènements qui se produisent paraissent parfois totalement absurdes, incongrus, et l'explication est bien rarement rationnelle... Les référentiels sont souvent faussés, mais ce n'est qu'au dernier moment que l'on s'en rend compte - un exemple ? le narrateur est mort mais l'ignore, ou encore le narrateur ne connaît pas sa véritable nature ou son passé. Ces réflexions sont bien entendu générales sur l'oeuvre de l'auteur, et s'appliquent aussi bien à ses romans qu'aux nouvelles (que l'on se rapporte, par exemple, aux deux romans les plus connus de K. Dick : Ubik et Blade Runner).
Cependant, certaines oeuvres (romans ou nouvelles) ne flirtent pas avec la réalité, et sont plus simplement angoissant dans le traitement des thèmes souvent apocalyptiques chers à l'auteur. Ceux-ci sont souvent plus faciles à suivre, plus directement dérangeant puisqu'ils sont plus proches du monde tel que nous le voyons. Ce ne sont cependant pas mes préférés, j'avoue que j'ai un faible pour les sables mouvants que l'auteur parvient à créer en quelques pages, parfois quelques mots à peine...
Les nouvelles sont pour l'auteur l'occasion d'aborder les thèmes qui lui tiennent à coeur sous un format particulièrement propice à la réflexion. En effet, de par sa souplesse, la nouvelle autorise une grande liberté de traitement qui facilité, à mon sens, le débat de fond. Ainsi, uen nouvelle peut ne faire que quelques pages, et reposer essentiellement sur la chute ou sur une situation particulière, ce qui permet de soulever une question, ou de faire réfléchir le lecteur sur un point précis.
Mais la majorité des nouvelles sont plus longues (de vingt à soixante pages environ), et prennent le temps d'exposer une situation de départ et de développer une intrigue, qui se résout généralement de façon inatendue (mais "résoudre" est-il réellement le mot adéquat ?) Car bien souvent, ces nouvelles ne répondent pas à toutes les questions, et se contentent de les soulever. C'est ensuite au lecteur de poursuivre sa réflexion et peut-être d'imaginer, de créer, le futur qu'il souhaite.
Car, l'oeuvre de K. Dick est empreinte de pessimisme, ce n'est pas du fatalisme. Bien sûr, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes, et tout pourrait bientôt aller très mal, mais rien n'est écrit, rien n'est inéluctable, et tout reste à faire. Je crois qu'à travers ses écrits, K. Dick cherchait surtout à mettre en garde ses contemporains, à éveiller les consciences, et à faire en sorte que les futurs qu'il décrit ne se réalisent jamais...
A noter : à déconseiller aux bibliophiles, les nouvelles de Philip K. Dick sont publiées en collection Omnibus. L'intégrale des nouvelles est ainsi publié en deux volumes de 1000 à 1200 pages (sur du papier à cigarette, et avec une couverture souple), vendus chacun aux alentours de 25€... Prix imbattable !
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